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Monique Navizet alchimiste, vient de Bretagne avec ses ciels nocturnes, ses pierres levées dans la brume sous des formes surgies de terres granitiques et d’ocres répandus. Dans son atelier elle amalgame ombre et densité, unit le velours à des reflets. Elle broie l’outre-mer, l’écarlate et l’or porteurs de runes initiatrices. Il souffle chez elle une musique à hauteur de cerfs-volants qui déploie des flottements de bannières mystiques.

Les couleurs primitives tressaillent sur l’ardoise, chuchotent sur le vieux bois, sur des toiles anciennes de lin tanné. Le liant tisse autour du pigment un réseau fibreux ou cristallin. Et le dessin mystérieux, tatoué à l’acrylique sur des supports nouveaux, inspire à sa main des flèches et des spirales selon la direction du vent.

Les lames en triangle, l’arc, les zigs-zags, pictogrammes sacrés qui ornent les monuments protecteurs de sépultures mégalithiques, les cairns de son pays au bord de l’océan, Monique les a beaucoup explorés ; ils sont devenus signes de son alphabet magique. Elle en a mordu le cuivre et l’acier incisés, versant ses eaux-fortes en des sillons légers, puis a imprégné d’encre la pierre polie au grain fin creusé.

Dans l’étendue des rencontres, au fil du temps elle découvre d’encore plus lointains horizons. Son esprit sculpteur s’intéresse aux poudres de silice et calcaire, aux mélanges de chaux, d’argile, de sable et d’eau... Elle étudie avec bonheur la chimie du ciment, s’essaie à la cuisson pour travailler le béton. Perfectionnant la technique de son mortier, elle le colore puis l’érige en totem parmi les arbres à papillons, à Saint Martin le Vinoux au voisinage des mines Vicat (Isère), dans les merveilleux jardins de la Casamaures restaurée.

Elle tente doucement de contraindre aujourd’hui la terre, l'eau et le feu par le raku. Brûle et enfume la céramique incandescente, la plonge, l’émaille, la craquelle, la traîne dans la cendre et la suie. Comme enfin sorti du brouillard qui le contenait inaccessible au sommet des montagnes, l’objet mordoré qui descend du travail de l'âme arrache ses fibrilles en poussière noirâtre des ailes du granit. Et sur le sol aride foulé par les humains, ses lichens déposent de la fertilité.

Betsie Péquignot